Genèse du film et réception du public:En 2000, la sortie de
Tigre et dragon est un succès mondial: plébiscité à Cannes, il reçoit quatre Oscars, dont celui du meilleur film étranger, et remporte ce même prix lors de la cérémonie

des Césars. Il n'en fallait pas plus pour donner à Zhang Yimou l'envie de réaliser son Wu Xia Pian et de s'imposer par là-même comme le plus grand cinéaste chinois. N'oublions pas qu'il fut consacré à Cannes, pour
Epouses et concubines. Il faut replacer ce film dans son contexte pour en comprendre l'enjeu: Ang Lee est d'origine taïwanaise et s'est expatrié aux Etats-Unis où il a fait ses études de cinéma. Il fait partie de la même promotion que Spike Lee avec lequel il a travaillé comme assistant pour son premier long métrage. La réussite de ce dernier et sa reconnaissance internationale avec
Tigre et dragon, un Wu Xia Pian, genre majeur et typique du cinéma chinois, ne peut qu'éveiller l'orgueil du réalisateur de
Epouses et concuibines. Il se doit donc de s'imposer dans ce genre.
Zhang Yimou ne se refusera rien pour relever le défi: pour preuve, une distribution tout à fait exceptionnelle, comme il n' y en a jamais eu d'équivalent à ce jour. En effet, il réunit des stars incontestées en Chine, et parfois aussi à l'étranger. On retrouve donc Jet Li, grand acteur de Wu Xia Pian, remarqué notamment pour sa prestation dans la série des
Il était une fois en Chine, où il reprend le rôle de Fei-Hung, personnage emblématique des Wu Xia Pian. C'était d'ailleurs lui qui avait été pressenti pour le rôle de Li MU Bai dans
Tigre et Dragon, ainsi que dans le troisième volet de la trilogie
Matrix. Il a également tourné des films américains et français (
Le baiser mortel du dragon, produit par Luc Besson) et jouit d'un grand prestige auprès du jeune public.
A ses côtés, on retrouve le couple mythique de
In the mood for love, Maggie Cheung et Tony Leung. Ce dernier a d'ailleurs reçu le prix d'interprétation à Cannes pour le film de Wong Kar Wai. Tony Leung, c'est aussi l'interprète principal, avec Chow Yun Fat (
Tigre et dragon), des films de John Woo. Enfin, on retrouve aussi dans la distribution Zhang Ziyi, la révélation de
Tigre et dragon.
Par ailleurs, les moyens financiers pour un film chinois sont colossaux. Il suffit pour s'en rendre compte de regarder les séquences mettant en scène des millers de figurants. Zhang Yimou fait également appel à des moyens technologiques et des effets spéciaux; ce qui est totalement nouveau pour lui.
Le film suscite une ferveur sans précédant en Chine, et est largement encouragé par les autorités chinoises. Son succès au box-office est tout simplement ahurissant.
Synopsis du film:
L'histoire est bien connue des Chinois. Elle se situe il y a deux mille ans; à cette époque, la Chine est composée de septs royaumes qui s'affrontent depuis des siècles. Le roi Qin est sans doute le plus tyrannique et le plus cruel de tous les rois. Son ambition est immense, il rêve de conquérir tous les autres royaumes et de créer un empire sans fin, s'étendant au-delà des océans. Il met donc à feu et à sang tous les autres royaumes, massacrant tout opposant. Le revers de la médaille, c'est qu'il se retrouve isolé et enfermé dans son palais, où nul ne peut l'approcher, car il sait que de nombreux assassins sont lancés à ses trousses. Personne ne peut donc l'approcher à moins de plusieurs centaines de mètres. Dans ce contexte, il semble impossible pour les nombreux mercenaires de venir à bout de lui. Par ailleurs, il promet gloire et fortune à quiconque le débarassera de ses principaux adversaires, redoutables guerriers et héros légendaires. Puis surtout, en plus de l'argent, ce qui est proposé, c'est la possibilité de l'approcher. Un guerrier se présente donc, il s'agit de Sans Nom, pour offrir à l'empereur les armes de ces ennemis, preuve qu'il les a vaincus. Ces victoires lui permettent donc d'approcher l'empereur...à dix pas.
La construction narrative du film:
L'histoire du film est assez simple: un tyran met à feu et à sang des royaumes entiers. Il éveille donc des désirs de vengeance et doit se murer dans sa forteresse pour se protéger. Ce qui fait la complexité du film, c'est sa construction narrative, pas son histoire. On erre donc entre mensonges et demi-vérités, leurres et stratagèmes en tout genre. Le film est profondément politique et en reprend tous les rouages. Les mêmes scènes, la même histoire, est rejouée plusieurs fois, avec des angles et des points de vue différents. Toute la narration du film repose sur ce principe et le rend parfois complexe. Rappelons que Zhang Yimou n'est un réalisateur de films grand public. En effet, sa filmographie est davantage axée autour du réalisme social et de la sobriété.
Ce qui frappe d'emblée dans
Hero, c'est sa beauté visuelle, sans commune mesure avec
Tigre et dragon. Nul doute, Zhang Yimou est un très grand réalisateur, et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il sait manier une caméra, et maîtrise parfaitement le septième art. Cependant, le film déçoit profondément, même s'il reste un très bon film. On ne peut que regretter, au vu d'une telle distribution, et d'un tel réalisateur, que le film ne soit pas un grand film. Comme nous l'avons dit, Hero est avant tout politique; et tout semble conduire vers une conception politique finale, qui en plus d'être très discutable, enlève au film tout inétêt dramatique. En effet, les personnages manquent de profondeur...ils sont plus "actants" au service d'une démonstration politique que personnages. Ceci a pour conséquence de conférer au film un cruel manque d'âme. On ne croit pas aux personnages, on ne se laisse jamais véritablement emporter. Quant aux acteurs, un tel scénario les enferme et les empêche d'exprimer réellement leur talent.
Hero aurait sans doute pu être un très grand film...
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