Jeudi 9 mars 2006
Zhang Ziyi, Michelle Yeoh et Gong Li… autant de noms qui laissent circonspects la plupart des spectateurs. En revanche, il suffit d’évoquer 2046, la suite de In the mood for love, Epouses et concubines, ou Tigres et dragons ; pour éveiller de suite des souvenirs cinématographiques chez tout cinéphile. C’est dire la qualité exceptionnelle de la distribution de ce film, puisqu’on y retrouve pas moins des trois plus grandes stars asiatiques de ces vingt dernières années. Ne vous méprenez pourtant pas…il s’agit d’un film américain, produit par Spielberg, dont le roman et le scénario sont aussi américains.L’histoire retrace le destin de Chyo, vendue par ses parents à une okya, sorte de maison où cohabitent apprenties et geishas confirmées, dans les années 30. Cette première partie du film n’est pas sans rappeler l’univers cloisonné et hiérarchisé de Epouses et concubines ; mais on regrettera néanmoins que Rob Marshall, le réalisateur, aborde ces rivalités de façon trop superficielle. En effet, le film manque cruellement de profondeur en raison d’une réalisation trop souvent maniérée et stylisée. Les décors eux-mêmes, bien qu’ils soient superbes, participent à cette vacuité en donnant trop une allure de carte postale. C’est en fin de compte un Japon et des geishas « fantasmés » que nous livre le réalisateur. Une vision améric
anisée ou mondialisée ? En tout cas occidentalisée…Par ailleurs, rappelons qu'aucune des actrices n'est japonaise. Ceci ne gênera aucunement le public américain ni européen, mais participe à un manque d'authenticité général au film.Néanmoins, la beauté des images est indéniable ( le charme du trio de comédiennes y est pour beaucoup). Les couleurs, la photographie, les costumes ; tout concourt à former un ensemble visuel d’un esthétisme envoutant. La scène où Chyo, devenue Sayuri, danse sous des flocons de neige devenant rouge-sang est tout simplement d'un érotisme contenu et suggéré plein de sensualité.
Cependant, la passionnante histoire d'amour que la bande annonce nous promettait entre Zhang Ziyi et Ken Watanabe n'est absolument pas crédible. Il faut tout de même dire que lorsqu'ils se rencontrent pour la première fois, Sayuri a le coup de foudre pour le beau Ken...alors qu'elle n'a que neuf ans! La fin du film en happy end laisse le spectateur sur sa faim en terme d'émotions...il n'en restera qu'une histoire assez fade, à l'image du film.
Même les actrices semblent avoir perdu de leur fougue, notamment Zhang Ziyi, complètement transparente dans ce film alors qu'elle a démontré maintes fois sa fougue et son talent. Seule Gong Li reste fidèle à elle-même, dans son excellente interprétation d'une "vieille" geisha frustrée et aigrie.Mémoires d’une geisha n’est pas un beau film, c’est un film beau.
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